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Jeux et jouets des enfants de 14-18
Certains vivent encore, ils ont environ 100 ans, leur enfance a été meurtrie par la guerre, ils y ont perdu leur père, un frère, un grand-père, ou un oncle. Ils jouaient, cependant.
Avec quoi ?
Le jouet favori était le petit canon soixante-quinze, en plomb, fabriqué principalement à Ménilmontant. D'autres figurines : l'autobus parisien, l'auto-mitrailleuse, l'auto de ravitaillement, le train sanitaire, la charette à chiens belge, l'aéroplane.
Des personnages en baudruche représentaient l'agonie de Guillaume, l'empereur d'Allemagne, brandissant une épée, ou l'empereur d'Autriche-Hongrie, François-Joseph, agenouillé et semblant demander pardon. Les enfants s'amusaient à les gonfler, puis à les voir se dégonfler, exhalant un dernier soupir.
Un pantin en bois, le petit Boche qui fait explosion, en bois, à 1,45 Fr. Le soldat écossais, en carton peint, à 10 centimes. Le soldat jongleur, qui joue avec la tête du kaiser. Le Turco étranglant un boche.
Des silhouettes : l'ours blanc russe et son rouleau compresseur, l'entrée de l'Allemand à Paris, la chaîne au cou, bien sûr, Guillaume et le petit Belge, qui lui fait face bravement en brandissant une arme.
Et, bien sûr, les soldats de plomb, Hindous, Sénégalais, Marocains, si pittoresques ! qui chassèrent des étalages bergeries paisibles, poupées et poupons.
Pas tout à fait cependant : les poupées charmantes de l'avant-guerre, représentant des fillettes ou jeunes femmes insouciantes, se transformèrent en infirmières, en Alsaciennes, en paysannes russes.
Certains vivent encore, ils ont environ 100 ans... Ils jouaient, cependant.
A quoi ?
Par exemple, s’inspirant des conseils prodigués par l’Encyclopédie de la jeunesse, à fabriquer un toboggan, une lanterne magique pour cartes postales, une petite ville en carton, à faire des tours de prestidigitation, et, pour ceux habitant à la campagne, ou disposant d’un jardin, à organiser un pique-nique, fabriquer un moulin à vent ou à eau, ou bien une brouette.
Les plus grands, les plus studieux, quant à eux, lisaient Alice au pays des merveilles, le Livre de la jungle, les Soldats de l’an II, Debout les morts !
En ce temps-là, ce n’est pas au Père Noël que les enfants demandaient de leur apporter des cadeaux, mais à Saint Nicolas, évêque de Myre en Lycie, et protecteur des enfants depuis que, vers 300 après Jésus-Christ, il avait ressuscité trois bambins qu’un cruel aubergiste avait découpés et salés, pour en nourrir ses hôtes.
Jean-Louis Charvet.
Sources :
- Lectures pour tous, 1915
- L’Encyclopédie de la jeunesse, Larousse, 1917
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