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 © Laurent Veray
De Laurent Veray
En salle audiovisuelle
Depuis juillet 2006, un court-métrage de 30 minutes est consacré à la bataille de la Somme (1er juillet – novembre 1916) sur un grand écran sous forme de triptyque, les films d'archives et les témoignages de soldats alternent en une confrontation de représentations relatives aux trois belligérants.
L’offensive sur la Somme engagée de juillet à novembre 1916 par les Britanniques, leurs alliés du Commonwealth et les Français, fut l’une des plus violentes du Premier Conflit mondial qui, selon l’écrivain combattant allemand Ernst Jünger, inaugura « la guerre nouvelle ». Conçu comme un voyage dans le temps et un déplacement dans l’espace, il propose au spectateur un parcours original, historique et sensible parmi la multitude des récits et images qui ont été réalisés avant, pendant et après la bataille. Une bataille qui demeurera à jamais irreprésentable dans sa globalité, sa compréhension et son horreur.
Comment a-t-il été possible pour les soldats de rendre compte d’une telle expérience ? Comment la rendre aujourd’hui perceptible et compréhensible ? C’est la question que pose le nouveau film de l’Historial de la Grande Guerre qui sera présenté à partir du mois de juillet dans la salle audiovisuelle du musée.
Une continuité géographique
Le film propose un itinéraire dans la géographie des lieux, des images et des textes. On part d’une vision topographique et globalisante du champ de bataille, à partir de vues aériennes d’époque, pour arriver à une contemplation du paysage picard aujourd’hui – les cimetières et les monuments constituent désormais l’inscription spatiale la plus visible dans les environs de Péronne, comme des traces indélébiles dans ce sol à moitié consacrée à la mort (des milliers de corps, parfois anonymes et indifférenciés, y sont ensevelis) et à la vie (les terres agricoles de cette région comptent parmi les plus riches de France) ; parallèlement, on découvre ce qu’a été la bataille de la Somme à travers différents modes narratifs et représentatifs.
La forme du triptyque
A cette continuité spatio-temporelle s’ajoute la mise en correspondance de l’ensemble des éléments assemblés sous forme de triptyque, et où sont juxtaposés les points de vue français, anglais et allemand. Ce dispositif rassemble ainsi toute une série de visions et de représentations contemporaines ou postérieures aux événements. Sont ainsi confrontés les représentations “autorisées” de la guerre émanant des autorités civiles ou militaires, et celles émanant des soldats.
La réalité de la guerre exprimée par les soldats
C’est dans les traces laissées par les soldats qu’on découvre les réalités de la guerre. Elles éclairent singulièrement les notes obscures et froides des communiqués officiels. Dans l’élan de l’assaut, la lutte de tranchée ou sous la pluie des bombes, le soldat n’a qu’une vision fiévreuse et partielle de la bataille. L’action limite son regard, le circonscrit. Ce n’est qu’après qu’il va chercher à traduire cette expérience, par des mots, par des images qui imposent non seulement d’autres signes, mais aussi d’autres significations. Malgré leur incomplétude, ces compositions, artistiques ou spontanées, ont une force d’incarnation bien supérieure aux représentations réalistes, et souvent propagandistes, élaborées à l’arrière.
Le film offre une progression des discours, avec le passage des discours institutionnels, descriptifs et aseptisés, à des discours personnels, témoignages écrits et picturaux de soldats, « authentiques » et critiques.
Avant, pendant et après la bataille
Ce voyage sert de fil conducteur au reste du film : tel un déplacement dans l’espace, le temps, les méandres de la mémoire. Des images d’époque (photographies, films d’actualité, représentations picturales plus ou moins patriotiques) montrent les différentes phases de la bataille de la Somme : on voit les soldats dans leurs tranchées, les tirs d’artillerie, les assauts (authentiques ou reconstitués en arrière des lignes de feu), les destructions, le paysage bouleversé du no man’s land, les blessés, les morts. Certains aspects caractéristiques de cette bataille sont également évoqués comme la dimension internationale, la présence des troupes coloniales, la vie des civiles au même moment sur le “ front de l’arrière ”... Parallèlement, au niveau sonore, nous suivons en voix off le parcours de plusieurs soldats français, anglais et allemands à travers les documents variés qu’ils ont produits juste avant, pendant et après la bataille. L’ensemble donne l’impression de journaux intimes (rédigés à la première personne) qui mélangeront de manière inséparable des données factuelles, des anecdotes vécues par les protagonistes, des interrogations, des sentiments émanant de leur propre expérience. Ces trajets personnalisés sont entrecoupés d’extraits de communiqués officiels émanant des états-majors des trois principaux belligérants. La présence de ces textes tout au long du film rythme l’ensemble tout en donnant quelques repères chronologiques et des indications sommaires utiles au spectateur pour comprendre le déroulement des faits (les préparatifs de la bataille, les combats, leurs conséquences). Ces satisfecit, dont le style télégraphique et la banalité ordinaire ont quelque chose d’effrayant, confrontés aux autres documents rendant compte de la réalité concrète vécue par les soldats, produisent un effet significatif.
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