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Historique du site

Petite commune située au nord de Péronne à laquelle elle a été rattachée en 1962, le village a été construit le long de la route de Bapaume; au nord-est se trouve une abbaye qui jouxte un bois

Organisation défensive du Mont-Saint-Quentin

L'évolution des fortifications en 1916

Jusque mi-1916 la ligne de front se trouve encore à plusieurs kilomètres de Péronne. Les premières installations assez sommaires au sommet du Mont-Saint Quentin sont les suivantes:

- une tranchée à la lisière nord-est du bois,

- un ouvrage défensif  à environ 100 mètres derrière, sur le point culminant constitué de deux tranchées reliées entre elles par des boyaux de communication avec des abris: il s'agit d'un poste d'observation et vraisemblablement de commandement.

-Quelques batteries anti-aériennes à l'est du bois.

Le front se rapprochant dangeureusement de Péronne suite au déclenchement de l'offensive franco- britannique le 1er juillet 1916, les troupes allemandes vont rapidement aménager de nouvelles tranchées de part et d'autre de Péronne, le 10 juillet les français sont aux portes de la ville sur la rive sud du fleuve à Biaches. Mont Saint Quentin va devenir une position de première importance. Les installations déjà existantes sont renforcées par:

- la tranchée « Gottlieb » sur un axe nord-sud, creusée à l'ouest du mont et précedée par un réseau de barbelés. Elle se prolonge jusqu'à Péronne par les tranchées "Johannes" et "Jonathan",

- une tranchée intermédiaire "Rottweil",

- une troisième tranchée, "Uber Alles" aménagée du terrain d'aviation au Quiquonce jusqu'au bord sud du village. Suit la tranchée "Elsa" qui rejoint la route de Bapaume à l'ouest.

- une seconde ceinture de barbelés protège ces positions.

- au nord, les tranchées "Varna" et "Plevna" suivent un axe est-ouest et coupent la route, puis longent le bois le long du cimetière du village. De nouveaux barbelés ainsi que des positions d'artillerie sont aménagées.

Les travaux se poursuivent intensement au cours du mois de septembre :

- Création d'une double ligne de tranchées: l'ouvrage de "Brasso" en avant-poste,  à l'ouest de la tranchée "Gottlieb"

- Une tranchée parallèle à la précédente est créée : tranchée de "l'Oder" puis "de Saxe"

- La tranchée "de Prague" puis deux boyaux de communication, "Agram" et "Galatz" se poursuivent jusqu'à la tranchée "d'Elsa"

- De nouvelles positions d'artillerie s'installent dans le village et une nouvelle tranchée court vers l'Est: la tranchée de "Koros"

Extrait du canevas de tir "Péronne" du 20 novembre 1916-échelle 1/10000ème En rouge, les positions alliées; en bleu, les positions allemandes. - © Coll. Historial de la Grande Guerre

Mont Saint Quentin est sous le feu de l'artillerie française, l'abbaye et le village deviennent un champ de ruine. L'offensive de la Somme se termine en novembre, Péronne et Mont Saint Quentin restent aux mains allemandes et ces derniers continuent les aménagements défensifs en orientant leurs lignes face au nord, les alliés étant à Feuillaucourt au pied du Mont.

Trois lignes de défenses sont ré-aménagées avec de nombreux barbelés:
-La tranchée de « Moineville» puis celle de "Varna" et "Plevna" qui se prolongent à l'est par la tranchée "Luger".
-La deuxième ligne: boyaux de "Galatz" et "d'Agram", ce dernier se continue dans le bois par "Radomir AIley" jusqu'au sommet, la côte 115.
-Une troisième ligne: "Uber Alles" qui traverse le village, puis suivent deux autres tranchées, l'une au nord du bois et la tranchée de "Koros".

Le Mont-Saint-Quentin en 1918

Extrait du canevas de tir britannique "France Sheet 62C N.W" du 8 janvier 1917-échelle 1/20000ème En rouge, les positions alliées; en bleu, les positions allemandes. - © Coll. Historial de la Grande Guerre

Abandonné lors du repli allemand de 1917, Péronne et Mont Saint Quentin sont recapturés lors de l'"offensive du Kaiser" en mars 1918. La contre-attaque alliée victorieuse du 8 aôut repousse les troupes allemandes vers l'est: celles-ci vont alors ré-utiliser leurs anciennes positions de l'année 1916 pour essayer de stopper les alliés.
Le Mont Saint Quentin demeure la meilleure position défensive, il est reputé imprenable d'autant plus qu'aux anciennes tranchées de 1916 s'en ajoutent de nouvelles:
- la tranchée "Varna", qui est reliée par des boyaux de communication à la tranchée de deuxiême ligne dans le bois.
- une autre tranchée est créée parallèlement à celle de « Koros », puis encore une nouvelle tranchée "Gott mit uns" derrière celle d'"Uber Alles".

De nombreuses positions d'artillerie et de minenwerfer prennent placent dans le bois et l'ancienne carrière au nord.
Le mont est maintenant une véritable forteresse.

 

 

La capture de Mont Saint par les Australiens: 31 aôut -1er septembre 1918

Depuis la contre-offensive alliée du 8 aôut, les troupes australiennes déferlent le long de la vallée de la Somme repoussant les allemands sur leur anciennes défenses de 1916. Le Mont Saint Quentin, point culminant très fortement defendu et fortifié, représente le verrou du système de défense allemand autour de Péronne.

La première attaque

Malgré les nombreuses destructions, les premiers bataillons de la 2ème division australienne réussissent à traverser le fleuve près de Clery le 30 aôut. Sous le feu ennemi, les hommes s'abritent sous le talus de la route Cléry-Péronne. Le Mont Saint Quentin est maintenant tout proche.

Les bataillons prennent position les uns aprés les autres: les 17ème, 18ème, 20ème au nord de la Somme, le 19ème sur l'autre rive. L'heure H est fixée à 5 heures du matin le lendemain, un bombardement d'artillerie précedera l'assaut de l'infanterie, non pas un tir de barrage mais des tirs d'une demi-heure sur des objectifs ciblés assez éloignés des lignes australiennes: d'abord le sommet du mont, la route de Bapaume puis la tranchée "Uber Alles".
Dans l'obscurité les hommes se fraient un chemin entre le canal en construction à gauche et la vallée de la Tortille, ils ne distinguent pas encore la colline fortifiée ni le bois d'Anvil (du Quiquonce).

5 heures du matin: le ciel s'illumine: 5 brigades d'artillerie de campagne et 4 brigades d'artillerie lourde tirent sur le sommet, 2500 yards au dessus de la tranchée "de Gottlieb". Le 20ème bataillon s'élance, suivi du 19ème. Le 17ème attaque le long de la route de Cléry à Péronne s'emprenant de la redoute "Brasso", ancienne double ligne de tranchée de 1916.
Les travaux du canal n'ont pas commençé ici, les premiers hommes atteignent la tranchée "Gottlieb" sans trop de difficultés. De nombreux soldats allemands sont faits prisonniers, surpris, appeurés ou epuisés.

Le 20ème bataillon atteint en marchant son objectif, la route de Bapaume, alors que le 17ème arrive à la tranchée "d'Elsa", traverse les ruines du village et le bois où le bombardement continue à la lisière nord. Il arrive jusqu'à l'ancienne carrière au delà du bois, trouvant des tranchées et abris allemands: des officiers sont capturés avec leurs cartes d'état-major. Le 19ème suit pour proteger le flanc de l'attaque le long des boyaux "d'Agram" et de "Gallatz".

Mont Saint Quentin est capturé: en quelques temps 8 compagnies australiennes, soient à peine 600 fusils et quelques mitrailleurs, se sont emparées d'une des plus formidables positions sur le front ouest. Environ 700 allemands (de la 2lème division, et du1er régiment de la Garde "Kaiser Alexandre"), sont faits prisonniers.

La contre attaque allemande

Le 1er régiment de la Garde, unité d'élite de l'armée allemande, a été vaincu par surprise et seulement par quelques centaines d'Australiens qui sont maintenant au sommet du mont, occupant les anciennes positions capturées. Mais la réaction allemande ne va pas tarder...
Voulant exploiter ce premier succès, le général Monash donne l'ordre aux bataillons suivants d'avancer en traversant la Somme, vers Cléry et Anvil wood. En effet, peu d'hommes du 17ème bataillon se trouvent au sommet, seuls 150 hommes tiennent le village. Rapidement ils commencent à subir les contre-attaques venant de chaque coté.

Le bataillon se replie dans la tranchée "d'Elsa", le 20ème le long de la route de Bapaume. Le feu devient très nourri depuis le nord et l'est mais aussi venant de Péronne, du hameau de Saint Denis, des tranchées "Florina" et "Prague", et d' Anvil wood...
Les 23ème et 18ème bataillons avancent suivant les tranchées "Khlom" et "Gottlieb", rejoignant les 19ème et 17ème déjà en ligne.

À 11h30, l'artillerie allemande se fait de plus en plus précise et meurtière. Depuis Allaines, 3 compagnies du régiment de la Garde (Kaiser Alexandre) contre-attaquent, alors que trois autres compagnies du IR 94 font de même depuis la route de Péronne. L'état major du IR 81 est retrouvé sain et sauf émergeant d'un abri dans la carrière juste au nord du bois. Sous la pression, le 20ème bataillon, ou plutôt ce qu'il en reste, est repoussé en contrebas sur la tranchée "d'Oder", puis encore en arrière sur celle de "Gottlieb" avec à sa droite le 18ème. Une partie du 17ème tient toujours dans la tranchée "d' Elsa" mais depuis l'aprés midi le sommet est à nouveau aux mains
des allemands.
La pression est trop forte et les bataillons sont extenués, le commandement australien prévoit un nouvel assaut pour le lendemain.

1er Septembre 1918: l'assaut final

A 6 heures du matin, 2 brigades australiennes, la 6ème et la 14ème, montent en ligne afin de renouveler l'attaque: c'est la 6ème brigade qui se chargera de la capture du mont, à la 14ème incombe le bois d'Anvil au sud.
Cette dernière atteint la tranchée "Florina" et attaque le bois; sur son flanc gauche le 23ème bataillon passe la tranchée "d'Agram" et subit de lourdes pertes face à l'ancien aérodrome: les mitrailleuses allemandes font feu de toute part, surtout du sommet du mont.
D'autres compagnies du bataillon rejoignent difficillement la tranchée "d'Elsa", où elles trouvent encore miraculeusement quelques survivants du l7ème, 19ème et 20ème bataillons, si éprouvés la veille.
A gauche, le 24ème bataillon rejoint la route de Bapaume, un groupe reussit à traverser la route et nettoie la tranchée "Varna" jusqu'à l'ancien cimetière. Un feu nourrit venant d'un ancien hôpital à l'extremité de la tranchée "Gott mit uns" empêche toute progression au centre.

La brigade ne peut plus avancer et demande un soutien d'artillerie: l'objectif primordial reste la capture du mont.
Au nord, le 24ème renouvelle son attaque dans la tranchée "Varna" et la lisière nord du bois.
Au centre, le 2lème bataillon arrive dans la tranchée "d'Elsa" traverse le village et atteint le bois: sous le feu de snipers et de mitrailleuses, le bataillon progresse jusqu'à son autre extremité. Des hommes des deux bataillons sont maintenant au corps à corps dans l'ancienne carrière truffée d'abris et ceinturée par un reseau de tranchées, lançant des grenades dans toutes les entrées d'abris.

Des allemands s'enfuyant du bois vers le sud sont sous le feu des Lewis. Une compagnie du 22ème, le bataillon de réserve, arrive en soutien. La progression continue le long des tranchées au delà du sommet: le 24ème avance vers la tranchée "Plevna" et jusqu'à celle de "la Tortille". Le 22ème vers "Gott mit uns ", les 21ème et 23ème tiennent dans le bois. Les ojectifs respectifs sont atteints.
Le Mont Saint Quentin est definitivement capturé !

En marge de la capture du sommet et du village. les combats continuent de part et d'autre: la 5ème division avançant vers Péronne, Sainte Radegonde et le Faubourg de Bretagne. La 3ème division attaquant au nord le long de la route de Bapaume.

Conclusion

Mont Saint Quentin était certainement l'une des meilleures positions défensives, tenue par des troupes allemandes certes affaiblies mais experimentées et bien retranchées.

Rawlison lui même reconnaissait qu'il s'agissait "d'une des actions les plus héroïques de la guerre": la conquête de cette colline par quelques centaines d'hommes allait sceller à tout jamais l'amitié entre Péronne et l'Australie.

Les 3 divisions australiennes engagées perdirent plus de 3000 hommes lors de l'attaque sur Péronne, mais depuis le 8 aôut, elles avaient capturés presque 15000 prisonniers et 750 canons.

Sources:
C Bean / Official history of Australia of WW1 /Vol VI
Mat McLachlan / Walking with the Anzacs
J. Laffin /Australian baltlefields on the western front

Pour plus de détails concernant Mont St Quentin voir ce site

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